Nissan Fairlady Z432 : l’héritage du moteur S20 dans un coupé d’exception

À la fin des années 1960, l’industrie automobile mondiale subit un choc venu du Japon. Alors que les constructeurs nippons sont perçus comme des fabricants de voitures économiques, Nissan brise cette image avec la Nissan Fairlady Z. Lancée en 1969, elle remplace les roadsters Fairlady pour redéfinir le coupé de sport accessible, performant et fiable. Connue sous le nom de Datsun 240Z à l’export, elle cache dans ses versions domestiques japonaises des prouesses d’ingénierie qui fascinent encore les collectionneurs.

La genèse d’une icône : du projet A550X à la série S30

L’histoire de la Nissan Fairlady Z naît de la vision de Yutaka Katayama, président de Nissan USA. Il souhaite une voiture capable de rivaliser avec les productions européennes tout en restant abordable. Le design, supervisé par Yoshihiko Matsuo, abandonne les lignes des cabriolets anglais pour adopter une silhouette long nose, short deck (long capot, arrière court) devenue la signature de la lignée.

Infographie comparative des spécifications techniques des modèles Nissan Fairlady Z 240Z, Z432 et 240ZG
Infographie comparative des spécifications techniques des modèles Nissan Fairlady Z 240Z, Z432 et 240ZG

Le développement technique profite de la fusion entre Nissan et Prince Motor Company en 1966. Cette alliance apporte un savoir-faire issu de la compétition et du développement de moteurs hautes performances. Le châssis monocoque S30 voit ainsi le jour, offrant une rigidité et une légèreté d’environ 1 040 kg, contrastant avec les châssis séparés de l’époque.

La révolution technique du châssis S30

La Fairlady Z adopte une suspension indépendante aux quatre roues, avec des jambes de force MacPherson. Ce choix garantit une tenue de route précise et un confort rare pour une sportive. La version standard embarque le moteur L20, un six cylindres en ligne de 2.0 litres, tandis que les modèles exportés reçoivent le bloc L24 de 2.4 litres développant 150 chevaux.

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La mythique Fairlady Z432 : l’ADN de la course sur route

Si la 240Z conquiert le monde, la version Z432 demeure le Graal des puristes. Son nom décrit les spécificités de son moteur : 4 soupapes par cylindre, 3 carburateurs et 2 arbres à cames en tête. Ce bloc, le légendaire S20, provient directement de la Nissan Skyline GT-R (PGC10) et de la voiture de course Prince R380.

Ce moteur de 2.0 litres développe 160 chevaux à 7 000 tr/min. Équipée de trois carburateurs Mikuni/Solex, la Z432 produit une sonorité métallique et des montées en régime fulgurantes. Nissan installe une boîte manuelle à 5 rapports et un différentiel à glissement limité de série. Elle se distingue par ses jantes en magnésium et sa double sortie d’échappement verticale, un détail devenu iconique.

La Fairlady Z432 combine des univers techniques variés : le raffinement mécanique d’un moteur de course Prince, la robustesse d’un châssis Nissan et une esthétique dictée par les besoins de l’exportation. Cette structure complexe fait coexister la haute technologie du moteur S20, exigeant en réglages, avec la simplicité ergonomique du cockpit. Cette juxtaposition de pièces nobles et de solutions pragmatiques confère à la Z432 son caractère singulier, loin de l’homogénéité des sportives modernes.

Z432R : la version radicale pour la compétition

Nissan a produit une variante « R » pour les puristes. Allégée, elle perd tout confort superflu : chauffage, radio et insonorisation disparaissent, tandis que les panneaux de carrosserie s’affinent. Peinte dans un orange spécifique avec un capot noir mat, la Z432R figure parmi les voitures japonaises les plus recherchées, avec seulement une poignée d’exemplaires survivants.

Comparatif technique des versions emblématiques

La hiérarchie de la gamme Fairlady au début des années 70 repose sur des motorisations distinctes selon les marchés.

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Modèle Moteur Puissance Vitesse Max Production
Fairlady Z (Japon) L20 (2.0L) 130 ch 185 km/h Série standard
Datsun 240Z (Export) L24 (2.4L) 150 ch 200 km/h 116 712 ex.
Fairlady Z432 S20 (2.0L DOHC) 160 ch 210 km/h 420 ex.
Fairlady 240ZG L24 (2.4L) 150 ch 210 km/h Homologation Groupe 4

La 240ZG, version spécifique au marché japonais, se reconnaît à son « G-nose », un nez allongé en fibre de verre, et ses élargisseurs d’ailes boulonnés. Ce modèle servait de base pour l’homologation en compétition, notamment pour les rallyes où la Z a brillé.

Un palmarès sportif qui a forgé la légende

La Nissan Fairlady a prouvé sa robustesse sur les terrains les plus hostiles. Son succès le plus retentissant reste sa domination au Safari Rallye en Afrique de l’Est.

La reine du désert

En 1971, la 240Z pilotée par Edgar Herrmann et Hans Schüller remporte le Safari Rallye, épreuve parmi les plus éprouvantes du championnat du monde. Elle réitère l’exploit en 1973 avec Shekhar Mehta. Ces victoires prouvent que la voiture japonaise résiste à la chaleur extrême, à la poussière et aux pistes défoncées, là où les marques européennes échouaient souvent par manque de fiabilité.

Succès sur circuit et héritage culturel

Aux États-Unis, la 240Z domine les championnats SCCA sous les couleurs de l’écurie de Brock Racing Enterprises (BRE). Cette image de « tueuse de géants » installe durablement Nissan dans le cœur des passionnés. Au Japon, elle devient une icône de la culture « Youngtimer » et inspire de nombreux préparateurs, renforçant le lien entre la série S30 et le monde du tuning.

Acheter et entretenir une Nissan Fairlady aujourd’hui

Le marché de la collection pour la Fairlady Z a progressé. Si une Datsun 240Z classique reste accessible pour un amateur, les versions japonaises authentiques comme la Z432 atteignent des sommets, dépassant parfois les 200 000 euros lors de ventes prestigieuses.

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Pour un acheteur potentiel, plusieurs points de vigilance s’imposent :

La corrosion est l’ennemi numéro un du châssis S30. Les bas de caisse, les passages de roues et le bac de batterie sont des zones critiques à inspecter scrupuleusement. L’authenticité du moteur sur les modèles Z432 est primordiale. Vérifier les numéros de série est indispensable, car de nombreuses répliques ont été construites à partir de châssis standards. Enfin, les pièces spécifiques comme les carburateurs Solex ou les composants internes du S20 sont rares et extrêmement coûteux à remplacer.

Posséder une Nissan Fairlady, c’est entretenir un morceau d’histoire. Que ce soit pour les sensations mécaniques brutes de son six cylindres ou pour sa ligne intemporelle, elle reste le symbole d’une époque où le Japon a prouvé au monde sa capacité à produire une automobile alliant l’âme d’une sportive de race à la rigueur d’une ingénierie de pointe.

Éléonore Mauvoisin

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