Dans l’histoire de l’automobile, certains modèles naissent d’une ambition démesurée et d’un concours de circonstances improbables. La BMW M1, codée en interne E26, est de ceux-là. Seule véritable supercar à moteur central de la marque à l’hélice avant l’arrivée de l’hybride i8, elle incarne un paradoxe : un échec commercial devenu l’une des icônes les plus recherchées par les collectionneurs. Conçue pour dominer les circuits, elle a forgé l’identité de la division Motorsport, posant les bases de la gamme « M ».
Une genèse tourmentée entre Munich et Sant’Agata
À la fin des années 70, BMW Motorsport, dirigé par Jochen Neerpasch, souhaite s’attaquer aux championnats Groupe 4 et Groupe 5. Pour battre Porsche, BMW a besoin d’une arme radicale : une voiture à moteur central arrière. La firme bavaroise ne possède pas alors les infrastructures nécessaires pour produire une telle machine en petite série.
L’alliance avortée avec Lamborghini
BMW se tourne vers l’Italie pour concrétiser son projet. Un accord est signé avec Lamborghini pour le développement du châssis et l’assemblage. Le design est confié à Giorgetto Giugiaro, du studio Italdesign. Cependant, Lamborghini traverse une crise financière profonde. Les retards s’accumulent et BMW reprend le contrôle total du projet en 1978, déplaçant la production chez le carrossier Baur à Stuttgart, après que les caisses en fibre de verre ont été moulées en Italie.
Un design intemporel signé Giugiaro
Le coup de crayon de Giugiaro est une démonstration de pureté aérodynamique. Avec sa silhouette haute de seulement 1,14 mètre, ses phares escamotables et ses lignes tendues, elle s’inspire du concept-car BMW Turbo de 1972 dessiné par Paul Bracq. L’une de ses signatures visuelles reste la présence de deux logos BMW à l’arrière, une astuce stylistique permettant à la marque d’être visible même lorsque la voiture est vue de profil.
Sous le capot : le légendaire six cylindres M88
Si la robe est italienne, le cœur de la M1 est bavarois. Au centre du châssis tubulaire se trouve le moteur M88, un six cylindres en ligne de 3,5 litres à double arbre à cames en tête et quatre soupapes par cylindre. Cette architecture, avancée pour une voiture de route de l’époque, développe 277 chevaux à 6 500 tr/min.
Ce bloc moteur ne se contente pas de propulser la M1 à plus de 260 km/h, il est la graine technologique qui germera dans toute la gamme sportive de BMW. Cette base mécanique, peaufinée et fiabilisée, équipera plus tard la première M5 (E28) et le coupé M635CSi. Sans l’investissement consenti pour la M1, les berlines sportives qui font la réputation de la marque n’auraient sans doute jamais atteint un tel niveau de performance. La M1 est le laboratoire d’une lignée de moteurs atmosphériques dont la sonorité métallique reste une référence pour les passionnés.
Performances et comportement routier
En 1978, les performances sont de premier ordre. Le 0 à 100 km/h est abattu en 5,6 secondes, permettant à la M1 de tenir tête aux Ferrari 308 et Lamborghini Countach. La M1 se distingue surtout par sa polyvalence. Contrairement à ses rivales italiennes, elle offre une ergonomie soignée, une visibilité correcte et une facilité de conduite au quotidien, tout en conservant un équilibre parfait grâce à sa répartition des masses.
| Caractéristique | Spécification technique |
|---|---|
| Moteur | 6 cylindres en ligne, 3 453 cm³ |
| Puissance | 277 ch à 6 500 tr/min |
| Couple | 330 Nm à 5 000 tr/min |
| Vitesse maximale | 262 km/h |
| Poids à vide | 1 300 kg |
| Production totale | 453 exemplaires (dont 399 de route) |
Le championnat Procar : transformer un échec en légende
Le destin de la M1 bascule avec les changements de réglementation de la FIA. Pour être homologuée en Groupe 4, BMW doit produire 400 exemplaires en 24 mois. Les retards de production rendent la voiture obsolète pour le championnat du monde avant même d’avoir atteint le quota. Jochen Neerpasch crée alors sa propre compétition.
La série monotype la plus prestigieuse
Lancé en 1979, le championnat BMW M1 Procar oppose les cinq pilotes les plus rapides des essais de Formule 1 du vendredi à des pilotes privés et des spécialistes de l’endurance. Des pilotes comme Niki Lauda, Nelson Piquet ou Mario Andretti s’affrontent à armes égales sur des M1 préparées, juste avant le Grand Prix de F1. Cette série offre une exposition médiatique inédite à la voiture et permet d’écouler les stocks tout en forgeant l’image de performance de BMW Motorsport.
Les versions de compétition : Groupe 4 et Groupe 5
Si la version de route est civilisée, les versions de course sont des machines radicales. En Groupe 4, la puissance grimpe à 470 chevaux. En Groupe 5, avec l’apport d’un turbocompresseur, le moteur développe jusqu’à 850 chevaux. Ces voitures, dotées d’ailerons massifs et de voies élargies, marquent les esprits aux 24 Heures du Mans, notamment avec la célèbre « Art Car » peinte par Andy Warhol en 1979.
Pourquoi la BMW M1 est-elle un investissement d’exception ?
Posséder une BMW M1 est aujourd’hui une stratégie patrimoniale. Avec seulement 453 exemplaires produits entre 1978 et 1981, elle est l’une des BMW les plus rares. Sa cote a grimpé au cours des deux dernières décennies, dépassant régulièrement les 500 000 euros, et frôlant parfois le million pour les exemplaires dans un état concours ou ayant un historique de course significatif.
La rareté et l’authenticité
Contrairement à beaucoup de supercars de l’époque, les propriétaires de M1 ont souvent eu conscience très tôt de la valeur historique de leur véhicule. Trouver un exemplaire avec son moteur d’origine (« matching numbers ») et sa peinture d’usine est le Graal. La robustesse du moteur M88 joue également en sa faveur : bien entretenu, il est capable de parcourir des distances importantes, ce qui est rare pour une mécanique de pointe des années 70.
Un héritage qui perdure
La BMW M1 reste la seule supercar « pure » de la marque. Bien que la BMW i8 ait tenté de reprendre le flambeau du moteur central avec une approche hybride, elle n’a jamais atteint le statut de culte de son aînée. Pour les puristes, la M1 est le point de départ de tout ce qui rend une BMW « M » spéciale : l’excellence du moteur atmosphérique, l’équilibre du châssis et cette capacité à passer de la route au circuit. Elle est l’âme de la performance allemande encapsulée dans une carrosserie italienne.